Jean-Pierre Bernès

Portrait de l’ancien second de Bernard Tapie à l’OM

Jean-Pierre BernèsVidéo Bernard Tapie à Marseille : Le roman d’un tricheur, retour sur l’affaire OM-Valenciennes.

Portrait. L’ancien second de Tapie à l’OM, passé aussi par la case prison, revient en influent agent de joueurs dans un monde du foot qui l’avait mis à l’index. Jean-Pierre Bernès reçoit à Cassis (Bouches-du-Rhône), sa ville, dans un beau resto qui surplombe l’eau. Endroit de rêve ? Il désigne la falaise, plus haut : « Jean Carrieu s’est suicidé là. » Un ancien président de l’OM. « J’y pense souvent. » Bernès, lui, a survécu à tout. Au mensonge comme à la vérité, à la prison et à Tapie, à la radiation à vie et à la dépression. L’ancien directeur général de l’OM était tombé si bas qu’il a dénoncé la corruption dans le football : même plus capable de tenir sa langue.

Tout cela est oublié. Après quelques années en apnée, Bernès, 51 ans, sort la tête de l’eau. Pas n’importe où : il est un des agents de joueurs les plus influents du marché. Le foot lui a redonné une place centrale. On le respecte, on le sollicite : Mesdames et Messieurs, le sphinx ! Sa mère enseignait la musique et lui connaît la partition : le foot est un sport qui se joue à onze et à la fin, c’est l’agent qui gagne… sa commission. Il fait un métier qu’il estime noble, où l’expérience paye : ancien dirigeant, Jean-Pierre Bernès sait « Ã  cent euros près » ce qu’un club peut débourser pour un joueur. Avec une science pareille, il ira loin. Pour l’instant tapi dans l’ombre, il attend que le soleil revienne et le propulse aux manettes d’un club, son rêve. L’Olympique de Marseille ? Pourquoi pas : « Vous ne pouvez jamais dire jamais. »

Sa vie, il l’a commencée au gré des jobs de son militaire de père, adjudant-chef spécialisé dans les transmissions. Jean-Pierre Bernès grandit à Salon-de-Provence, tape dans le ballon comme beaucoup et veut faire journaliste sportif. Après un bac littéraire, il commence par Sciences-Po à Aix, puis enquille un Deug de droit. Mais en 1980, l’OM, son club de cÅ“ur, est au plus mal, proche du dépôt de bilan. Comme il se crée des « comités pour la sauvegarde du football de haut niveau », il en est.

Pour tout Marseillais, l’OM est un membre de la famille : s’il tombe malade, il faut l’aider. Bernès vend des cartes d’adhésion à 50 francs. A force, il devient secrétaire administratif du club, à 4 500 francs par mois. Il a 24 ans. « Mon père m’a dit : T’as fait toutes ces études pour entrer dans le foot ? J’ai répondu : L’OM, c’est ma vie. » Ça sera presque sa mort.

Tapie débarque en 1986, Bernès devient directeur général en 1989. En 1993, l’OM est le premier (et le seul) club français à gagner la Ligue des champions. Mais le bonheur ne dure pas, le club tombe direct en enfer : il a arrangé le match précédant la finale, grâce à 250 000 francs versés à des joueurs de Valenciennes pour qu’ils lèvent le pied. Bernès, bras droit de Nanard qui a participé à la corruption, passe trois semaines en prison et quelques années au fond du trou. « J’ai assumé. On a fait des conneries. Je ne vais pas parler de ça toute ma vie », élude-t-il.

Devant la justice, il admet pourtant les millions consacrés chaque année par l’OM à acheter matchs et arbitres. Mais les magistrats ne cherchent pas à creuser. Condamné pour la corruption, puis dans l’affaire des comptes de l’OM, Bernès soutient qu’il a payé pour l’exemple : « Comme dans le cyclisme, où Festina a plongé pour tout le monde. J’ai toujours comparé ce qui est arrivé à Richard Virenque et ce qui m’est arrivé. Je ne dis pas que ce qu’on a fait est bien, je ne me mets pas une bénédiction papale. Mais il faut toujours une tête de Turc. C’est une hypocrisie sans nom. »

Tombé de haut à 36 ans, Bernès morfle. Mais, même sans affaire judiciaire, l’époque faste n’aurait pas duré : « En 1993, j’étais à bout. Quinze ans à l’OM, c’est comme quarante ailleurs. » Problème : comment rebondir ? « Ou vous continuez dans le trou, ou vous vous tirez une balle, ou vous réagissez. » Il se remet en question. « J’étais secret, fermé, introverti, le travailleur de l’ombre. J’avais un manque, je souffrais, les gens ne me connaissaient pas vraiment. Aujourd’hui, je m’ouvre. » Depuis 1994, il travaille avec un psy. « Y a pas de honte à le faire. Il m’a permis d’évacuer beaucoup de choses. » Et de revenir au foot. Pourtant, c’était mal barré.

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