Robert Louis Dreyfus
Vidéo : La disparition de Robert Louis-Dreyfus endeuille toute la famille olympienne.
Robert Louis-Dreyfus, est mort. La nouvelle a été annoncée samedi soir 4 juillet par des sources proches du club. « RLD », comme il était surnommé, était atteint depuis plusieurs années par une leucémie. Très affaibli depuis plusieurs semaines, il avait 63 ans.
- La folle réussite d’un joueur de pocker.
C’était un fils de famille dilettante, héritier du leader mondial du commerce de grains. Il a tout plaqué pour aller faire fortune aux Etats-Unis. Un jour le Crédit lyonnais lui a déroulé le tapis rouge pour qu’il daigne acheter Adidas à Bernard Tapie. Robert Louis-Dreyfus a ainsi acheté 2 milliards de francs une entreprise qui en vaut aujourd’hui 23 ! Et le voilà qui chausse à nouveau les bottes de Tapie en reprenant l’OM. Petits secrets d’un parcours hors normes.
Il donne ses conférences de presse en chaussettes. Quand on sait qu’il est multimilliardaire, que son métier est de vendre des chaussures et que, par surcroît, il est fils de bonne famille, on se dit que celui-là ne doit pas être mauvais homme. Robert Louis-Dreyfus, 50 ans, principal actionnaire et PDG d’Adidas, président de l’Olympique de Marseille depuis le 13 décembre, ne répond à aucun standard. Il est mi-héritier mi-aventurier, vrai gestionnaire et vrai spéculateur, faux libéral, passionné de sport - le seul domaine où il est incollable - il ne porte pas de cravate mais fume de gros cigares.
Il est français mais sa première langue est l’anglais, il travaille en Allemagne, habite en Suisse, son seul diplôme est américain, sa femme est russe, ses rêves sont en Chine, tout comme ses nouvelles chaînes de production. Robert a le sens du contre-pied. En football, c’est un atout, à Marseille une nécessité. Inclassable et atypique, comme un certain Tapie, ex-PDG d’Adidas et ancien président de l’OM ? Mais Tapie est né dans une famille d’ouvriers, Robert dans la soie. Rejeton de l’empire Louis-Dreyfus. Les héritages sont de subtils dosages. Entre OEdipe et Freud, un psychiatre s’en donnerait à coeur joie. Robert a grandi entre une mère catholique de gauche - « une femme exceptionnelle » - et un père juif conservateur - « un homme d’habitudes ». Mais les Louis-Dreyfus, c’est d’abord une dynastie.
Au milieu du siècle dernier, Léopold Dreyfus, un jeune Alsacien, se lance, charrette aux bras, dans le commerce du grain. Il n’est pas encore majeur et n’a pas le droit d’utiliser son nom de famille. Alors, il emprunte le prénom de son père pour fonder sa première société, Léopold Louis. Le succès est foudroyant. A sa majorité, la société Louis est si connue qu’il ne peut plus changer son patronyme. Elle s’appellera donc Louis-Dreyfus. Avant même les Lazard, autre famille juive alsacienne, Louis-Dreyfus est la première à s’internationaliser. De l’Argentine à la Chine, Louis-Dreyfus est le numéro un mondial du négoce de céréales.
Un siècle a passé. Et quatre générations. Robert est petit-fils d’un sénateur des Alpes-Maritimes et président du club de football de Cannes, fils de grands bourgeois et élevé comme tel. Villa cossue et nurses anglaises, jamais les coudes sur la table. En famille, on ne parle bien sûr jamais affaires. « Je n’avais pas et je n’ai jamais eu de notion du coût de la vie », lâche-t-il un jour dans un magazine. Arrogance de classe ? « Il n’y avait aucun cynisme dans cette phrase », se justifie-t-il.
Très longtemps, Robert ignorera les contours du conglomérat familial. Il ne cherche pas à savoir. « J’étais un enfant docile. » On croit alors qu’il n’a ni la fibre de l’école ni celle des affaires. « Je n’ai pas mon bac », dit-il, mi-penaud, mi-fier de son effet. Après le lycée, ses parents lui paient l’Ecole des Cadres à Neuilly. Avec Alain-Dominique Perrin, PDG de Cartier et quelques autres anciens, il l’a rachetée pour tenter de mettre en pratique quelques-unes de ses idées. « En France, on n’a pas le droit à l’erreur. C’est la grosse faille du système éducatif français. Si vous ratez une fois, inutile d’espérer faire Polytechnique ou HEC. »
A l’Ecole des Cadres, Robert Louis-Dreyfus a une seconde vie, nocturne et juteuse. Il gagne des sommes folles au poker où sa fausse indolence fait merveille. Ce qui, évidemment, n’est du goût ni de son père ni de son oncle, qui l’envoient aux Etats-Unis. Le voilà qui arpente le Midwest pour acheter la production de blé des paysans américains. Un parcours initiatique qui a laissé des cicatrices. « On m’a fait comprendre que j’étais le vilain petit canard de la famille. » Jusqu’au jour où le mauvais élève intègre Harvard et décroche son prestigieux MBA. Les regards, jusque-là obliques, commencent à changer. Lui-même s’intéresse enfin à la société familiale. « J’étais chargé de la diversification avec un ingénieur agronome, Jean Pinchon, qui m’a tout appris. » Mais l’amertume ne s’est pas dissipée. Robert n’accepte pas le prix (fort) qu’on lui demande d’acquitter pour obtenir le pouvoir. A la surprise générale, il quitte Louis-Dreyfus ! « Toute la famille est persuadée que ce que je fais, depuis, c’est pour préparer mon retour, s’amuse-t-il. Ils se trompent. »
- Par Christophe Bouchet - Le Nouvel Obs du 09 Janvier 1997.
|
|
Recommander a un ennemi



OM Légende











